Voilà donc toutes les pages de l'ancien site réunies ici pour plus de cohésion et cohérence. Hésitez pas à me contacter si vous avez des photos / enregistrements / etc... à partager.

QUESTIONS/REPONSES: Silvain "la zaï"

Allez, encore un pélo à passer à "la question" (brrrrrrrr) !
Silvain, plus connu sous le surnom de "la Zaï" (et aussi sous celui de "Jean luc Lahaie" pour des raisons capillaires et à cause d'un t-shirt de Black Flag !)

-Comment t’es-tu retrouvé à être actif dans la scène stéphanoise ?
Hum...beaucoup de choses sont arrivées en même temps à la fin des années 80 et au début des années 90...en tout cas ce qui est sûr, c'est que j'ai découvert le punk et le rock alterno à la fois par le biais d'un camarade de classe en début de collège et par celui d'émissions de radio successives (Protest & Survive sur SWK, Prejudice, All Set to Go et une autre dont je ne me souviens plus du nom animée par David et Douadi sur Radio Dio). Ce qui fait que j'ai un attachement tout particulier pour le punk des années 80 et pour le média radiophonique. Et tout bien réfléchi, c'était quand même mieux qu'INDOCHINE (quoique le concert au Théatre Jean Dasté en 1986, c'était bien punk-rock).
Il y avait peu de concerts à Saint-Etienne à cette époque, ce qui fait que les premiers où nous nous sommes rendus avec mes petits camarades, grâce à l'apparition du Mad's Collectif, ressemblaient pas mal à de grosses fêtes oû nous découvrions les yeux écarquillés un univers magique qui nous correspondait en même temps que nous nous essayions à nos premières transgressions. L'ambiance générale était plutôt politisée, les groupes phares pour nous c'était BERURIER NOIR, THE BRIGADES, les CLASH, STIFF LITTLE FINGERS, HAINE BRIGADE ou localement INTERNAL EXIL pour n'en citer que 6. Un de me collègues a déjà cité ce fameux prof d'histoire qui nous faisait régulièrement "de petites livraisons de disques", assumant de fait sa fonction en nous éduquant réellement au punk-rock au sens large et en nous éloignant des bourrineries auxquelles nous étions plus habitués


-Premiers méfaits, premières activités ? Et qu’est-ce qui te motivait
alors ?

On a bricolé des groupes punks au lycée avec du matos de récup', entre autre des barils de lessive avec du scotch marron tendu en guise de batterie, un synthé avec boite à rythme intégré dans un énorme ghetto blaster, une guitare pour enfant...petit à petit, certains ont acheté du matos, je me rappelle avec émotion de la première batterie de Brayou, une batterie de baloche horrible, mais quelle classe...ce qui nous a amené à faire des groupes un poil plus structurés, avec des répèts et tout et à écrire des chefs-d'oeuvre impérissables comme par exemple "Revolution/Repression".
On a ensuite rencontré des gens du Montcel/La Ricamarie -la banlieue rouge-, des rebeus branchés punk-rock avec qui on a formé FUCKIN JO (en référence au film de Gérard Mordillat, "Fucking Fernand"). Notre diversité ethnique (2 rebs, 2 viets et moi) nous a d'ailleurs valu le surnom de "CARTE DE SÉJOUR" (premier groupe lyonnais de Rachid TAHA) lorsque nous avons commencé à répéter dans les locaux de Sauf Imprévu -une consécration-, situés alors tout au bout de la rue Neyron, juste à côté d'un local de bikers et d'un voisin facho qui sortait son fusil.
On a fait une poignée de concerts sur 2/3 ans entre 90 et 92, notamment avec nos frêres d'armes SIXPACK avec qui on est devenu quasi-instantanément amis et une démo tirée à 20 exemplaires. Après ce groupe, je me suis contenté d'être acteur sur le versant non-musicien du mouvement, valait mieux pour vos oreilles. Mis à part une tournée mémorable comme 2nd chanteur de VOMIT FOR BREAKFAST en compagnie des non moins mémorables MEURS & RESSUSCITE (hardcore !).
Pour ce qui est de ma motivation personnelle, ben c'était de faire du punk quoi et de pouvoir me sentir relié à des gens qui partageaient mes convictions politiques...Je découvrais des nouveaux trucs tous les jours. Musicalement on était à fond derrière la scène angevine, principalement LES THUGS et leur label BLACK & NOIR, mais aussi les SHAKING DOLLS, DIRTY HANDS... MINOR THREAT -la baaase-, ou BLACK FLAG,HUSKER DU, BAD RELIGION & DEAD KENNEDYS ont été aussi des gros coups de fouet. Et aussi DDT / BURNING HEADS (mémorable découverte lors d'un concert avec les HARD-ONS au Fahrenheit à Issy-les-Moulineaux).
Les SCALP (Sections Carrément Anti Le Pen) étaient assez répandues et actives en France dans les années 80, donc très vite on a été sensibilisés à un militantisme d'extrême gauche/anarchiste qui pour moi reste toujours complètement intrinsèque à mon approche du punk. Les skinheads fafs faisaient alors malheureusement beaucoup parler d'eux et surtout venaient faire chier dans les concerts punks, on était donc forcément très focalisés sur l'antifascisme. Heureusement, Sainté était relativement épargnée par ces invasions de décérébrés qui restaient principalement dans leur capitale des Gols (sauf pour les concerts de LSD, hein ?).
Quelques uns d'entre nous gardent des souvenirs douloureux de certains travaux de platrerie/peinture, notamment après le concert desTHUGS/PARABELLUM -sans oublier les excellents URUMILA, hihi- à la Maison de Quartier de Solaure.


-Tu peux faire un petit historique de ton activisme au cours des années,
dans cette scène ?

En-dehors du groupe de lycéens évoqué ci-dessus, je me suis intéressé très rapidement aux émissions de radio, j'ai du traîner mes guêtres dans quelques émissions en spectateur/buveur de bière, notamment celles d'ALL SET TO GO ou PREJUDICE. Puis avec le créateur de ce blog on a animé GARAGELAND et TRANZOPHOBIA au milieu des années 90.
TRANZOPHOBIA était aussi un zine, dont les réunions de Komintern ont déjà été évoquée sur ce site. 8 numéros sortis en presque 10 ans, les premiers plutôt légers et plus centrés sur la scène locale, les derniers plus proches du catalogue de la Redoute et co-réalisés avec des activistes éparpillés dans toute la France. Dernier numéro sorti en 2000 avec une couverture d'Ivan Brun (premier chanteur de COCHE BOMBA), dessinateur qui m'est cher car il illustre ma vie de punk depuis de nombreuses années. Il m'en reste quelques exemplaires pour les nostalgiques/archivistes.
J'ai aussi fait partie d'NRV Prod, label stéphanois qui a produit une poignée de disques, notamment les compils "Fachons les Fachos" et "Desintegrons les Integristes", et SIXPACK, BUSHMEN...On a aussi
organisé quelques concerts sous ce nom.
A un moment donné, on avait aussi un collectif qui s'appellait JUNGLE EXOTICA on organisait des soirées les lundi soirs dans un local rue Elise Gervais, initialement celui du Mad's Collectif, qui a fini par être squatté. Le principe était de promouvoir la bouffe végétarienne tout en diffusant des films militants, en organisant des expos d'artistes locaux ou des rencontres/débats etc...Le local était partagé avec Mad's Collectif, NRV Prod, Zorlac, Alternative System et...Baby-Sitting Services...
En 1998, l'émission TRANZOPHOBIA s'est transformée en LA FRANCE PUE avec l'arrivée de nouveaux-elles participant-es. On s'est rapidement constitué-es en collectif, on organise des concerts régulièrement depuis (216 à ce jour). On est une dizaine de personnes actives, avec pas mal de potes qui filent des coups de main à l'occasion. On se partage le taf suivant les disponibilités, les envies, les centres d'intérêt (son, bouffe, artwork, booking, video, distro...). L'orientation musicale est plutôt hardcore-punk-crust, DIY revendicatif, mais il nous arrive de faire jouer des groupes évoluant dans d'autres styles si leur attitude est intéressante. Le principal étant d'essayer de mettre l'accent autant que possible sur les scènes moins représentées, celles d'Europe de l'Est ou d'Amérique Latine par exemple. On fait aussi une distro, consultable sur notre site, en même temps que les anciennes émissions radio et quelques vidéos, voir : http://www.lafrancepue.org
Plus récemment, j'ai été impliqué dans la gestion de lieux associatifs comme Main dans la Main ou le Local 100%.
Et enfin, je suis dernièrement parti en tournée avec le groupe hardcore algérien DEMOKHRATIA et c'était une expérience unique. Il s'agissait du premier groupe punk algérien à tourner en Europe et honnêtement, ça m'a rappellé le pourquoi de mon intérêt initial à la musique punk. Ces types risquent gros à remettre en cause leur gouvernement dans leurs chansons, à dénoncer les islamistes ou à revendiquer ce que nous considérons comme acquis dans nos clubs socio-culturels punks d'Europe Occidentale. Je compte bien les faire revenir ici dans un avenir plus ou moins proche et faire ce que je peux pour les aider à développer quelque chose qui
ressemble à une scène à Alger.


-Quels sont tes meilleurs souvenirs de la scène stéphanoise en tant que
participant « actif » ? Et en tant que « public » ?

Hum...c'est énorme ça. Commençons par les souvenirs en tant que "public", même si je pense que dans le punk le "public" doit aussi être acteur du concert.
- Concert BERURIER NOIR  / INTERNAL EXIL à la Bourse du Travail en 89 de façon évidente, et le concert "Anti Inflation" de ces derniers au Mistral Gagnant quelques temps plus tard. D'une façon générale, les 3 concerts à la Bourse du Travail auxquels j'ai assisté étaient bien sauvages (PARABELLUM+PARKINSON SQUARE+DILEURS et LUDWIG VON 88+DIE MIMMI'S+SOURIRE KABYLE étant les deux autres), énormément de monde, une ambiance chaotique typique des 80's. Ceci dit, le passé est le passé et je suis bien content de ne pas revivre cette période perpétuellement, je pense que la scène punk a beaucoup évolué depuis, notamment à un niveau organisationnel, les relations entre les activistes de différents pays se sont énormément développées, notamment depuis l'éclatement d'internet et le temps des tournées organisées par courrier ou par faxes est
heureusement révolu. La France a du mal à se débarasser des clichés punk phacochère beauf et violent, mais c'est quand même une espèce en voie d'extinction.
- Les concerts de SIXPACK, BEND SINISTER, KANGA ROOS, SILICONE DAMAGE, WORLD PETS, BOREDOM et tous les groupes de cette génération qui pour beaucoup de gens ont été le point de départ d'un engagement dans la scène musicale locale. L'apparition de BAD TASTE avec qui j'avais fait une tournée en Suisse en compagnie des japonais de BATTLE OF DISARM et qui buvaient du blanc-cass' dans un bar de la Place Albert Thomas.
SWITCH STANCE, leur pendant SxE.
- BURNING HEADS / THOMPSON ROLLETS à l'Himalayan Bar
- Les festivals Gagarage & Avatarium pour l'ensemble de leurs oeuvres.
- Les concerts dans les multiples squats stéphanois pour les mêmes raisons.
- SIN DIOS et OPSTAND à l'Entre-Pots Café, les premiers parce que c'est un de mes groupes favoris, les seconds parce que c'était bien le bordel.
- H.D.Q, LES RATS, DOG FACED HERMANS et des dizaines d'autres au Mistral Gagnant.
- KALASHNIKOV et Le Festival Hip-hOP Underground au Local 100%
etc..etc...
En fait depuis 1989, il n'y a jamais eu d'interruption dans les concerts à Saint-Etienne, et ça c'est quelque chose d'hyper important, le concert restant le lieu de rencontre privilégié qui permet à une scène d'exister.

Pour ce qui est des meilleurs souvenirs d'organisation...Je dirais...
- le concert d'HEADCLEANER/SLEEPPERS/BATIMENT dans une amicale Bouliste, complet avant même d'avoir commencé.
- Le premier concert sauvage de TROMATISM dans une usine désaffectée rue du Treyve qui nous a permis de nous rendre compte qu'on pouvait ouvrir des lieux et se les réapproprier.
- DROPDEAD à l'Entre-Pots Café, l'an 0 de La France Pue et de la vie de Guillaume de RETCH. DIR YASSIN / NAPALM DANCE / ISP dans ce même Entre-pots Café.
- SEEIN'RED / KILL THE MAN WHO QUESTIONS / EREVAN à St-Victor/Loire dans le sous-sol d'un restaurant.
- TRAGEDY à Atom'Chrom'.
- LEATHERFACE (surtout le set acoustique final) et URO à Main dans la Main
- M.D.C / MOLOTOV COCKTAIL / UNLOGISTIC pour le dernier concert du Pez Ner
- SUBMISSION HOLD, DYSTOPIA / CORRUPTED et PARAGRAF 119 au Mistral.
- Nos participations au Festival "Todo Es" de Luzy dans le 58.
- LA FRACTION / UNLOGISTIC / VOMIT FOR BREAKFAST au Mistral Gagnant dans le cadre de la semaine de fermeture de ce lieu à jamais mythique.
- COLERA à Main dans la Main, parce que c'est un des premiers groupes de punk brésilien que j'ai entendu à la radio à la fin des années 80.
- BEHIND ENEMY LINES / SOCIAL CHAOS, ENDROPHOBIA ou BORN/DEAD à l'Elephant.
- PISSCHRIST au Local 100%, les murs en ruisselaient....
- VIA MEDIA et DEMOKHRATIA à l'Assommoir.
On va s'arrêter là, hein ?

-Les pires ?
- Le second concert de Tromatism rue du Treyve, où la police a donné l'assaut dans un remake de Fort-Bravo nous faisant tester les flashballs en avant-première mondiale. L'usine a d'ailleurs mystérieusement brûlé pendant la nuit...
- Le dernier concert du Squat La Scierie à Lyon, que je n'ai pas vu...un contre-temps de dernière minute avec la maréchaussée.
- Le fait d'avoir refusé de faire jouer POISON IDEA pour des histoires de logistique stupides. MAGIC SYSTEM aussi.
Et en règle générale, les concerts où les gens (principalement des mecs avec la testosterone débordante) se croient obligés de se mettre sur la gueule ou de se comporter comme des beaufs, parce que c'est trop la punk attitude, ouarf ouarf...Désolant et usant.
La disparition des potes, les uns après les autres, même si c'est quelque chose d'intégré quand on évolue dans ce genre de milieu, ça fait toujours chier.


-Quelles sont pour toi les forces et les faiblesses de la scène locale ?
Plein de gens ont déjà évoqué le sujet précedemment et je constate plus ou moins les mêmes choses.
La taille relativement humaine de la ville crée des liens beaucoup plus forts qu'ailleurs, même si ces dernières années la multiplication exponentielle de concerts divise un peu le public et de fait a un effet sur l'ambiance générale qui est par moments moins festive qu'il y a une dizaine ou une quinzaine d'années. Après, tout est relatif, j'ai en tête certains concerts récents où l'ambiance était plus que chaude, dont certains listés au-dessus.
Il y a aussi toujours pas mal de (bons) groupes à Sainté, dans plein de styles différents et ça c'est plutôt cool. En plus depuis quelques temps, ces groupes n'hésitent pas à tourner et à faire des bornes, ce qui était beaucoup plus rare à un certain moment.
Aussi, cette dernière décennie a vu l'apparition de concerts dans les squats, dans des lieux autogérés qui sont beaucoup plus enthousiasmants pour nous d'un point de vue idéologique et organisationnel, sans dénigrer les bars-concerts qui restent une des pierres angulaires (avec la glutte) du punk-rock à St-É.

-Tes 5 skeuds stéphanois préférés ?
Hum...duraille...
. INTERNAL EXIL 1st Demo 89
. LES HÉROS DU PEUPLE SONT IMMORTELS v/a LP, même si au final il n'y a que BABYLON FIGHTERS et éventuellement SINGLE TRACK qu'on peut considérer comme stéphanois. Du coup, je le compte pas dans les 5.
. SIXPACK 1st Demo et "Doubt and Other Feelings" LP
. VOMIT FOR BREAKFAST Premier EP
- DRUNKEN VENGEANCE BASTARD EP
- ATOMIC TANGO EP

-Tes activités actuelles ?
Le collectif LA FRANCE PUE sus-cité occupe pas mal de mon temps. Sinon, je participe parfois à des co-productions de disques, en gardant le vieux nom de TRANZOPHOBIA par nostalgie, héhé...Pour le moment, y'a eu le premier EP du rappeur CALAVERA, le 3ème LP de LA FRACTION "Une Vie Rêvée", le 8eme album de WARUM JOE "Au Milieu de ta Forme",le premier EP de KOENIGSTEIN YOUTH. A suivre, un split EP KOENIGSTEIN YOUTH / STRONG AS TEN et un EP des KAMIONERS DU SUICIDE. Après, c'est pas un label à proprement parler, c'est plus des coups de main à des potes proches.
Sinon, je participe au collectif Numéro Zéro, initialement un média alternatif internet, qui publie depuis quelques temps une version papier gratuite et qui organise de temps en temps des soirées sur différentes thématiques politiques, en soutien ou pas. Ces dernières années, une émission de radio a vu le jour, à laquelle je ne participe pas, mais qui est néanmoins très intéressante.

-Un truc que t’aurais à rajouter ?
Ce blog est super, c'est un peu comme l'INA version punk-rock 4.2.
Martin N. aime la Robert.
C'est pas facile de patienter.
La fête oui, mais la (g)lutte aussi.
Punk ist verzet !

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