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QUESTIONS/REPONSES: Elsa "Bavardages"

-Comment t’es-tu retrouvé à être actif dans la scène stéphanoise ?
Beh... J'aimais bien le punk et je lisais plein de zines punx (au sens très large du terme) quand j'étais ado. Et j'ai commencé à faire un zine (Bavardages...) mais tout ça c'était surtout en direct de ma chambre. Et enfin grâce à mon grand frère, je suis descendue en centre ville (et dans la plaine du forez, et sur la colline de beaubrun, etc.), et là j'ai commencé à aller aux concertes et rencontrer des gens. Après avec mon pote Jérôme (dont y a aussi l'interviou dans ces pages), on a organisé notre premier concert : What's Wrong, Kurt, et Twist (?), à l'Entre-Pots café. Et les gens de Tranzophobia nous avaient prêté le local de Jungle Exotica pour accueillir les groupes à dîner, et pour nous remonter les bretelles parce qu'on n'avait pas pensé à acheter de la bière pour les groupes. On devait avoir seize ans environ, c'était donc en 1998 environ. Voilà, pour situer, comment ça a commencé.  Après, pour moi, tout s'enchaîne...

-Premiers méfaits, premières activités ? Et qu’est-ce qui te motivait alors ?
Ben, je retrouvais dans le punk (dans un sens très large, puisque j'adorais autant des trucs punkrock, hardcore, hardcore emo, hardcore noise...) une musique qui me touchait aux tripes. Et dans la démarche et les paroles des groupes, et les idées qu'on retrouvait dans les zines (et les échanges de courriers intenses qu'on avait à l'époque avec pas mal de gens différents qui faisaient des zines), je retrouvais mes questions et mes critiques sur le monde dans lequel je vivais...
A sainté, ben les gens qui faisaient tout ça me fascinaient, tout d'abord, et après pas mal d'entre eux sont devenus mes potes, et pour beaucoup le sont resté. Ces personnes et ces amitiés sont bien sûr la motivation première, au final.

-Tu peux faire un petit historique de ton activisme au cours des années, dans cette scène ?
Umf. Donc le zine « Bavardages... » (musique et blabla), 7 numéros, dont le dernier date de 2006 (mais des fois je rêve de re-sortir un zine, mine de rien). D'ailleurs, au cas où, j'ai perdu l'original du n°0, il était un peu nul mais c'est affectif, j'aimerais bien en avoir un exemplaire quand même, si quelqu'un l'a au fond d'un tiroir... 
A l'époque du lycée, donc fin des années 90 pour moi, j'ai rencontré pas mal de petit-e-s jeunes de la ville dans le même délire que moi, et Anne et Claire qui jouaient dans Raising Anger m'ont proposé de jouer de la basse dans un nouveau groupe de hardcore, qui s'est alors appelé Downhill. (je savais pas jouer de la basse, elles me montraient les cases où je devais appuyer, c'est toujours un peu pareil pour moi d'ailleurs, mais bon). Je crois que ça a duré deux ou trois ans, on a sorti une obscure démo. On était trois gamines dans cette scène de bons gars, c'était pas toujours facile, surtout du point de vue de la confiance en soi. Mais bon, on a aussi été encouragées. On avait l'impression que personne nous prenait au sérieux, n'empêche que heureusement pour nous qu'il y avait par exemple Sauf Imprevu pour répéter, et quelques gens pour nous inviter à jouer (même si y en a un qu'a écrit « hardcore gentillet » pour nous décrire sur l'affiche ! Groumf, la vengeance est un plat qui se mange froid)... Et des darons de la scène qui te disent dix ans après qu'ils aimaient bien alors que tu pensais franchement que tu faisais de la merde !!
Donc j'ai aussi aidé à organiser deux ou trois concerts par ci par là et après (je sais plus trop quand... ??) je me suis retrouvée dans le collectif La France Pue, qui organise des concerts (international punk/hardcore, et plus si affinités, comme on dit) depuis un paquet d'années. Malgré de grosses baisses de motivation et d'investissement, ben j'y suis toujours et j'y suis bien. La France Pue c'est aussi une émission de radio, deux fois par mois sur Radio Dio, et je me suis retrouvée là-dedans aussi un jour sans trop savoir pourquoi, à part que c'était la présence de copines qui m'avait motivée, et que c'était cool. On passe des disques qu'on aime bien et on en parle, et puis on annonce les concerts à venir qui nous intéressent, que rêver de mieux ?
Ah voui aussi à une époque, on a fait un crew de meufs pour organiser des concerts à synthétienne et lyon, notamment pour faire jouer Harum Scarum (excellent groupe hardcore ricain). On a fait ça comme ça parce que pour plein de raisons, on trouvait pas notre place dans la scène punk en tant que meuf qui voulait être active, on se sentait souvent dépossédées des choses, avec des difficultés à avoir l'espace pour prendre des choses en main (être soi même en contact avec les super groupes que tu kiffes, savoir installer une salle, gérer une sono, négocier une salle... Enfin, pour caricaturer – pas tant que ça ! - faire autre chose que la bouffe, les sourires et « la petite copine de »). Y a pas mal de trucs que je ne referais pas de la même manière et que je ne vois plus de la même manière, mais je suis drôlement contente qu'on ait fait ça.
On a aussi fait un groupe, disons anarcho-punk à boîte à rythme, appelé CTB, avec deux copines. Ça a duré quelques temps, aux alentours de 2004. De bons souvenirs, mais pas très excitant musicalement, eheh.
J'ai aussi aidé quelques groupes que j'aimais, humainement et musicalement, à sortir des disques : Chaos ZZZ, Ken Park, Passion Armée.
Aussi, dès 2000 j'ai commencé à squatter, ce qui était la continuation logique pour moi de la manière dont j'envisageais le punk : je ne voulais pas perdre ma vie à la gagner, et nous avions besoin de lieux pour organiser toutes les activités dont nous rêvions (on prétendait un peu aussi qu'on allait contribuer à changer le monde et faire la révolution, mais bon, arf...). Bref, on a occupé une maison qui s'appelait Izmir et qui restera une sorte de mythe fondateur dans ma vie, malgré tout ce que j'y ai aussi détesté. Et puis après, les squats se sont succédés. Avec des pauses aussi, et l'expérience de vie en appart', et le retour au squat. Et aujourd'hui on occupe une usine-maison, La Sfero, où on peut faire des concerts, ce qui est vraiment le pied.
Et puis depuis quelques années  je joue de la basse dans Atomic Tango. Et on s'amuse vraiment bien.
Bon, ça fait un peu CV, c'est gênant, même si ça me rappelle plein de sacrés histoires et de sacrés gens, qui sont encore à mes côtés ou qui ont malheureusement disparu. J'arrête là.

-Quels sont tes meilleurs souvenirs de la scène stéphanoise en tant que participant « actif » ? Et en tant que « public » ?
En tant que public, LE souvenir mythique (dans le sens où c'est toujours qui me vient en premier à l'esprit, et après y en a plein d'autres qui rappliquent) est pour moi le concert de Submission Hold au Mistral Gagnant (vers 1999 ? pour les dates, faudra demander par exemple à La Zaï, mon encyclopédie du punkrock).
Les fêtes de la musique de la fin des années 90, qui te donnaient l'opportunité de découvrir des groupes et des gens.
En tant que participante active ? Je sais pas....

-Les pires ?
Sûrement quand toutes tes illusions sur le fabuleux monde du punkrock, les squats, et la révolution, s'effritent... (Notamment quand tu remarques le fossé entre les beaux discours et la réalité).  Après, t'apprends à accepter que les idéaux, ça sert à rien. Et avec un peu de chance, un jour, tu captes qu'il y a quand même un sens à tout ça.
Les flics qui chargent, gazent, et arrêtent des gens, lors d'un concert au sporting (août 2002), événement qui débouche sur la découverte concrète de ce que c'est que d'avoir quelqu'un que tu aimes qui est en taule.

-Quelles sont pour toi les forces et les faiblesses de la scène locale ?
Dans pas mal d'autres endroits de part le monde, la scène punkrock est composée de pas mal de gens qui s'activent par ailleurs dans des collectifs, des « causes politiques », et qui aussi ont une démarche, des paroles, etc., clairement politiques. Anti-capitalisme, anarchisme, féminisme, questions de genre, luttes contre les frontières, blabla... A st-é je trouve que c'est pas trop le cas, et des fois ça manque. Bon, c'est bizarre de définir ce qui est politique et ce qui ne l'est pas (et plein de collectifs super radicaux sont nuls et des groupes super engagés sont chiants à mourir). Mais c'est vrai que moi ça me manque.
Tu vois, pour en revenir à un exemple qui m'a marqué, quand quelqu'un qui fait partie de la « scène » fréquente aussi les concerts de RAC (« rock against communism », l'extrême droite, quoi) et en a ouvertement rien à foutre de la différence entre RAC et punk, ou encore quand un autre dit « prison = arabes = banlieues = délinquants ; moi je les brûle, les cités », et que ce truc ne provoque pas un tollé, moi j'ai l'impression d'être une scène de rockeurs mollassons, pas dans la scène punkrock*. Donc, bref, je trouve la scène stéphanoise pas très « engagée politiquement », alors que selon moi c'est un mouvement très politique.

... et en même temps. Je suis de plus en plus allergique à la fermeture d'esprit et à la naïveté de pas mal de milieux qui se croient super-politiques-trop-radicaux par rapport aux autres. Je supporte pas les prêcheurs-euses. Et des fois (au risque de paraître incohérente), je trouve que la force de la scène stéphanoise, c'est tout ce qui se passe entre les gens, la richesse de cette scène, ses mélanges, ces chouettes gens, et sa passion. Et au final, c'est peut-être plus important que les apparences politiques qui ne cachent parfois que le vide intersidéral.

Autre truc qui m'embête : après m'être sentie « la gamine » dans la scène stéphanoise pendant très longtemps (et encore maintenant des fois...), je me pose beaucoup de questions sur le non-renouvellement des gens, l'arrivée de p'tit-e-s jeunes...
Il nous manque des lieux pour échanger, nous retrouver ! Je pense que c'est un moyen fort pour s'ouvrir à des gens divers...

-Tes 5 skeuds stéphanois préférés ?
Le ep des Protex Blue où y a la chanson « Move » dessus, sérieux, la tuerie. On était pas mal de p'tit-e-s jeunes à rêver de reprendre « Move » dans nos groupes respectifs, tu savais ça ?

Le ep de Ken Park, c'est-à-dire leur premier disque.

Quand j'écoute Reading History de Six Pack, ça me serre le bide. J'aime pas toutes les chansons, mais Rosa Parks et Overseas, par exemple, sont des perles.

Le CD de Straight to hell. Argh.

C'est les 4 qui vraiment me viennent à l'esprit comme des monuments. Après, j'ai aussi de très bons souvenirs des vinyls de Goofball, Pedestrian Crossing, Swith Stance, et plus récemment Chaos ZZZ, et encore plus récemment j'ai vraiment kiffé la démo de Toujours Rien, et puis celle de Pervers et truands. J'en oublie sûrement. 


-Tes activités actuelles ?
Punkrock (organiser, jouer, écouter, regarder). Radio Dio (s'arracher les cheveux pour administrer cette association, et prendre mon pied à y faire des émissions). Surtout : l'émission de radio « Papillon », contre les taules. Le squat et la vie dedans.

-Un truc que t’aurais à rajouter ?
Beuh j'ai déjà pas mal causé. Merci.

* Après, nous, les gens qui étions choqués par ces propos, on n'a peut-être pas su expliquer ouvertement pour quoi, et faire tourner le mot, mais aussi, je crois qu'il y a pas mal de gens qui voulaient pas l'entendre. En fait vu, je veux surtout pas balancer une polémique sur le net, je trouve ça stérile, mais si vous voulez en discuter, venez me causer en face.

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