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QUESTIONS/REPONSES: Frank "Violence"

Et zouuuuuuuuu, un "QUESTIONS/REPONSES" avec Frank dit "Frank Violence" (ça risque de lui coller longtemps, ça !) ou "Frank Bonanza"... en fait, on devrait l'appeler "Frank Slow Death" maintenant, mais on a pris des mauvaises habitudes !

-Comment t’es-tu retrouvé à être actif dans la scène stéphanoise ?
Sans doute l'envie de participer à "quelque chose" qui me plaisait (le punk rock) et que j'aurais moi-même choisi (contrairement à mon cursus scolaire), et surtout qui semblait être à ma portée. Très tôt, j'ai découvert des fanzines (d'abord sur le metal, style que j'ai écouté dès 13/14 ans, puis ensuite sur le punk / rock alternatif…), ça a été déterminant pour moi car à travers eux je suis entré dans un univers inconnu mais foisonnant et incroyablement excitant. M'apercevoir que des gens, à priori identiques à moi, bricolaient ces journaux amateurs m'a donné envie de faire la même chose. Peut-être que j'avais ça en moi dès le départ, et que la découverte de ces premiers zines n'a fait que déclencher ma motivation, puis mon passage à l'acte. A travers les zines, j'ai découvert tout un univers que je ne connaissais pas (la musique au sens large, l'engagement social et politique, le graphisme, la contre culture ou une culture parallèle, etc…). Et à force de lire sur ce qui se passait dans d'autres villes ou dans d'autres pays, je me suis intéressé à ma propre ville… Le fameux adage "Support Your local Scene" ! J'ai découvert que des groupes existaient à Saint-Etienne, qu'il y avait des zines, que des labels éditaient des disques (comme tu l'as dit dans un de tes post… le fait que Kronstadt Tapes sorte les disques de OTH et la compile "Les Héros Du Peuple Sont Immortels" a été déterminant pour moi). Ça voulait dire que des choses étaient possibles à St Etienne. Je me suis dit "pourquoi pas moi ?" Mais il a fallu du temps et des rencontres avant de passer aux premiers "méfaits"…


-Premiers méfaits, premières activités ? Et qu’est-ce qui te motivait alors ?
1988. Avec la tentative de monter un audio-zine avec deux potes. Intitulé "Musique Atteinte" (tu devines l'influence ?), ce devait être une K7 contenant une interview sur une face, un concert live sur l'autre. Une bonne idée somme toute. On a bossé sur un premier numéro avec Happy Drivers… qui n'est jamais sorti malgré que nous avions tout (interview, live et même l'accord du groupe il me semble).
Ensuite, durant un temps, avec ces mêmes potes, on s'est acoquiné avec le chanteur de Babylon Fighters avec qui on a plus ou moins monté un collectif intitulé "Exsudat du Terrorisme Auditif". En 1989, après un essai de showcase avec Saï Saï au Mistral Gagnant, on a organisé un concert au Centre Gliss (juste à côté de l'actuel Entrepôts) avec Les Rats, Nuclear Device et Los Mescaleros. Ça s'est terminé avec des dettes, un relatif bordel et un arrêt de tous nos grands projets. Dans ces deux "méfaits" (l'audio zine et l'orga de concerts), j'étais en arrière, je me contentais de suivre, je me reposais sur mes potes que je jugeais plus dégourdis que moi et surtout sur Bird, le chanteur de BF, que je pensais plus sérieux du fait de sa position d'acteur / activiste dans la scène rock française… Mais vu qu'à plusieurs on n'arrivait à rien, nos chemins se sont séparés et j'ai monté mon propre fanzine l'année d'après (1989 donc), papier cette fois… en me disant que, pour le reste (concerts, radio, etc…), je verrais plus tard. Violence #1 est sorti en janvier 1990.
Ma motivation, c'était juste de participer à ce mouvement punk rock ou alternatif que je venais de découvrir 2/3 ans auparavant et qui me semblait non seulement intéressant mais épanouissant (même si c'était certainement inconscient à ce moment-là). Je "venais" du heavy metal, un style où tu ne fais que glorifier et fantasmer les faits et gestes des autres. Avec le punk, je trouvais un milieu qui n'était peut-être pas exempt de défauts mais qui permettait d'être acteur facilement, avec peu de moyens et rapidement… même à une petite échelle (locale par exemple). Je sais pas si on peut parler de motivation. Plutôt d'envie d'échapper à l'ennui ou à la routine par des actes créatifs et personnels… même insignifiants.


-Tu peux faire un petit historique de ton activisme au cours des années, dans cette scène ?
Donc, à partir de 1990, j'ai édité le fanzine Violence, et ce jusqu'à début 1995. J'ai sorti 13 numéros il me semble (le dernier avec un tirage en offset et à 1000 exemplaires -c'était le n°12, je crois bien, héhé -ndm-). C'est durant la première année de Violence que j'ai rencontré d'autres personnes sur St Etienne qui œuvraient dans leur coin : toi, Maz, via tes fanzines Tokbomb et Cie, Denis de l'émission hardcore Préjudice, les gars de Sixpack, etc… Avant, je connaissais peu de gens du milieu rock local. Je me souviens que c'était très dur de "rentrer" dans la scène rock stéphanoise d'alors qui était constituée de gens plus âgés. Il y avait une sorte de barrière, réelle ou fantasmée. Donc, à partir du moment où j'ai rencontré des gens de la même génération que moi, tout à été plus vite et plus simple. Avec toi, j'ai animé une émission radio sur Dio ("All Set To Go") pendant je ne sais plus combien de temps, ensuite j'ai rejoint Denis Préjudice pour une autre émission du nom de Bonanza. Toujours avec Denis, sous ce nom de Bonanza, j'ai commencé à organiser des concerts sur Saint-Etienne pour diversifier l'offre que proposait à l'époque Mad's Collectif (la seule — ou des seules associations — qui invitaient des groupes plus ou moins punk dans les années 90) en faisant venir des groupes comme The Revs, The Strookas, Elmerhassel, Midway Still, Goober Patrol, Greedy Guts, Shaggy Hounds, Drive Blind, etc… mais surtout en proposant à de jeunes groupes stéphanois de l'époque (Sixpack, World Pets, Switch Stance, Bad Taste…) de faire les premières parties, chose que Mad's Co ne faisait pas. Ceci afin de "développer" la scène locale… idée qui nous venait, toujours et encore, de ce fameux slogan "Support Your Local Scene" qu'on lisait souvent dans Maximumrocknroll ou d'autres zines.
Ensuite, j'ai arrêté les concerts et l'émission de radio. Violence s'est arrêté à cette même période. J'avais envie de lancer un label. Donc en 1995, j'ai sorti sous le nom de Bonanza Recordings, mon premier EP, le split Sixpack / World Pets. Qui sera suivi d'un split Sixpack / Elmerhassel (1995), d'un split EP Horse / Horfield Sport Center (1996), un split EP Switch Stance / Bad Taste (1996), le 7" de Department Of Bullshit (1998), puis le 4 titres de Post Silly Poulps (1998). En septembre 1998, j'ai sorti mon seul LP, une tribute à AC/DC avec la majeure partie des groupes stéphanois existants sur le moment (Horfield, Sixpack, Perfect Cousins, Bad Taste, Switch Stance, Cyriex, DOB, Post Silly Poulps, Naked Beast, Skelmst) et deux invités auvergnats. En 2000, j'ai édité un double CD regroupant tous les vinyles Bonanza sous le nom de "Big Bonanza 1995-2000" (il m'en reste quelques copies, si ça intéresse du monde !). J'ai stoppé le label car, ayant déménagé à Paris pour des raisons professionnelles, je ne me voyais pas continuer un label qui était censé aider une scène locale dont je ne faisais plus partie.
Ensuite, j'ai fait d'autres trucs, mais ça ne concerne plus la scène stéphanoise.


-Quels sont tes meilleurs souvenirs de la scène stéphanoises en tant que participant « actif » ? Et en tant que « public » ?
Je garde de vibrants souvenirs des concerts de Bérurier Noir (Bourse du Travail en 1988), Camera Silens (Centre Gliss, en 1989 il me semble-mmmh celui avec Babylon, c'était 87 je crois bien !-ndm), ceux des Thompson Rollets au Mistral Gagnant, celui des Thugs (Maison de Quartier de Solaure en compagnie de Parabellum), les premiers concerts de Burning Heads à l'Hymalayan Bar en 1992, le concert Fucking Jo + Sixpack + Bend Sinister dans ce même Hymalayan Bar l'année suivante…  Ensuite mes souvenirs de participant "actif" comme tu dis et ceux en tant que simple public se confondent : Greedy Guts au Bleu (avec un patron de bar qui coupait le jus pour que le groupe s'arrête, mais qui le remettait devant les protestations du public), Drive Blind au Rencard (un si grand groupe dans un si petit bar), les concerts de Elmerhassel parce que j'avais fini par tisser des liens proches avec ce groupe (au point d'aller au mariage du chanteur en Angleterre), etc… Le concert des Shériff à La Ricamarie était, si je me souviens bien, assez énorme aussi ! Un grand souvenir aussi est le concert gratuit que la Mano Negra a donné à la Plaine Achille où on a tous expérimenté le slam pour la première fois. Mais plus que les prestations des groupes eux-mêmes, mes bons souvenirs de concerts sont ceux de l'incroyable ambiance qui y régnait : ça remuait comme nulle part ailleurs, même dans les lieux les plus minuscules, et ce dans le respect des gens présents et du groupe sur scène. Ce qui a valu à la ville une certaine "notoriété"… si on peut utiliser un tel mot.
Sinon, je dois bien avouer que la réception des premiers EP Bonanza Recordings, même plein de défauts, restent un bon souvenir pour moi. C'était pas rien quand même de produire des vinyles quand tu es fan de musique.

-Les pires ?
Une "scène" (musicale) étant finalement qu'une réplique, alternative ou parallèle, de la société dans laquelle on vit, elle est forcément constitué des mêmes ingrédients. Malgré toute la bonne volonté des gens qui s'y investissent, cette scène n'est pas "meilleure" que la "vraie vie" ou aussi idéale qu'on aimerait qu'elle soit. Alors, il y a des bons et des mauvais moments, des joies et des déceptions, des hauts et des bas. Moi, quand le bas a été trop bas, je suis parti… Cela dit, j'ai pas précisément de souvenirs désagréables liés à tout cela.

-Quelles sont pour toi les forces et les faiblesses de la scène locale ?
Je suis complètement largué sur ce qui se passe à Sainté actuellement. Je sais qu'il y a pas mal de concerts (crust notamment, rock'n'roll souvent), je sais aussi qu'il y a un paquet de groupes (je croise souvent leurs noms sur des flyers ou des annonces de concerts sur les forums), il semble donc que l'effervescence "punk" continue plus forte que jamais. Mais je ne connais rien de l'ambiance, des "forces et des faiblesses" de la scène actuelle vu que je ne vais que rarement à Sainté. En plus, j'ai connu les débuts de la scène stéphanoise… à peine 6 ou 7 ans. C'est pas grand chose finalement.
Mais pour parler de celle des années 90, celle que j'ai connue donc, disons que le fait qu'on appartienne tous à la même génération, qu'on possède plus ou moins le même background musical, qu'on partage nos disques et nos découvertes, et que Saint-Etienne soit une petite ville où il y avait tout à faire et où les lieux de ralliement se comptaient sur les doigts d'une seule main a probablement permis de construire quelque chose de fort.

-Tes 5 skeuds stéphanois préférés ?
De tête, je citerais :
- Sixpack / Elmerhassel - split 7"
- Spit - EP
- Perfect Cousins - 10"
- Boxing Elena - "Yallah" LP
- Sixpack "Reading History" CD
Mention spéciale : Babylon Fighters "Radical System" (pour l'histoire) et Le Parti "Excitement As Such" (pour l'avenir)


-Tes activités actuelles ?
J'ai remonté un "label" au début des années 2000, Slow Death, avec lequel j'ai sorti une quinzaine de productions (seul ou en co-production), autant du hardcore (Aghast, Sed Non Satiata, Tekken) que de la power pop (Dead Pop Club, Atomic Garden), du punk rock (Greedy Guts, Justine/Jextex, Déjà Mort), de la noise (Scul Hazzards, Generic) et même du crust (Nuclear Death Terror). Mes trois dernières prod sont le LP de Fat Beavers, le split 12" Burning Heads / Adolescents, et une réédition CD des œuvres complètes du groupe de Périgueux Thompson Rollets. Sous peu, je devrais participer à la sortie du premier album des Helltons (jeune groupe bordelais typé pop punk 90's) et sortir un vinyle des Thugs (la radio session que le groupe a enregistré à Seattle en 2008).
Parallèlement, j'ai ressorti un zine qui s'appelle aussi Slow Death. Cinq numéros sont parus (dont le dernier est un split avec Shot Down, le zine de mon pote lillois Mickson — le gars qui dessinait dans Violence). Les détails : www.slow-death.org

-Un truc que t’aurais à rajouter ?
Don't fuck with Saint Etienne !

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